mercredi 3 décembre 2008

Quelle voiture, dans quelle société?

En 2002 déjà, Yves Dubreil1 s’interrogeait sur l’évolution de la place la voiture dans la société. Il estimait alors que « la politique de transport se traduit par trois impacts de la mobilité (…) : la mobilité économique, la mobilité écologique et la mobilité sociale. » Ainsi, la mobilité doit elle créer de la richesse, en entrainant la construction de véhicules, en permettant aux usagers de se déplacer pour aller travailler. Parallèlement à cela, en France, la production de CO2 est à la fois très faible du fait des progrès technologiques, et très forte à cause des véhicules anciens qui continuent à rouler et donc à polluer. Paradoxalement, c’est parce que la richesse produite n’est pas suffisante que les moins riches, qui habitent donc le plus loin de leur lieu de travail, ne peuvent pas acheter de voitures neuves. Cette mobilité sociale est donc à la fois productrice de richesse (il faut se déplacer pour aller travailler, et donc produire de la richesse), mais aussi de pollution (au moins les salariés gagnent d’argent, au plus ils doivent s’éloigner des centres industriels pour se loger, avec des voitures moins modernes, donc plus gourmandes en énergie fossile). Ces trois notions sont étroitement liées, et 6 ans plus tard, au mondial de l’automobile, la Chambre syndicale internationale de l'automobile et du motocycle (CSIAM) se demande comment agir sur un des leviers (l’éco voiture), sans faire « déraper » les deux autres (prix des véhicules, baisse de pouvoir d’achat).

Cependant, depuis quelques mois, la crise d’abord financière, puis économique qui touche maintenant l’ensemble du secteur industriel a fait réagir l’industrie automobile : comment continuer à vendre des véhicules, malgré le tarissement du cashflow ? L’institut TNS-SOFRES2, dans une étude au profit du Comité des Constructeurs Français d’Automobile3, a fait paraitre récemment que l’aspect extérieur de la voiture, son design, ne s’offrait que la quatrième place au classement des préoccupations de l’acheteur, loin derrière la sécurité, l’écologie, et son cout d’entretien. La voiture, et c’est une révolution silencieuse, ne serait plus une projection du surmoi, un signe extérieur de réussite sociale, mais un outil, au mieux une projection de notre intérieur.

Entre le pouvoir « ecolonomique4 » de la voiture, et la position qu’elle représente moins qu’avant, la place de la voiture dans notre société est en train d’évoluer à grande vitesse!

Pedro

1 : En 2002, Yves Dubreil est l'adjoint du responsable de l'ingénierie chez Renault, et concepteur de la Twingo.
2 : TNS Sofres est le leader français et le deuxième groupe mondial des études marketing et d'opinion.
3 : Le CCFA, Comité des Constructeurs Français d'Automobiles, est un syndicat professionnel des constructeurs d'automobiles.

4 : écologique et économique.

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