mardi 27 janvier 2009

Décryptage du mariage FIAT-CHRYSLER

En 1998, l’Allemand Daimler tentait une fusion avec l'Américain Chrysler qui, 10 ans plus tard, se résume à une énorme erreur stratégique estimée à une perte de pas moins de 36 milliard de dollars. FIAT, qui a déclaré le mardi 20 janvier vouloir se porter acquéreur du plus faible des grands constructeurs américains ne va pas débourser 1 euro. L'accord signé par les deux partenaires ne prévoit ni apport de liquidités de Fiat à Chrysler, ni engagement en matière de financement.


En effet, cet accord correspond à la valorisation de la technologie propre aux petites motorisations des véhicules économes et peu polluant qui serait le marché d’avenir au Etats-Unis et qui fait écho à la récente déclaration du président OBAMA: il veut baisser à 7Lau 100 maximum la consommation des véhicules vendus aux Etats-Unis, ce qui est une petite révolution bien anticipée par Chrysler et le fonds d’investissement Cerberus.


Chrysler était jusqu’à présent beaucoup trop dépendant des 4x4 et du marché américain (90 % des ventes). Cette alliance lui donne accès à l’Europe mais aussi à des marchés en croissance tels que Russie, la Chine ou encore le Brésil. FIAT quand à elle, obtient l’accès au réseau de distribution et à la plateforme de l’Américain aux Etats-Unis, ainsi que 35% des parts de l’Américain (uniquement cédées par le fonds d’investissement Cerberus, Daimler restant à hauteur de 20%). En professionnel des petites voitures écologiques dont de plus en plus d’experts pronostiquent un boom prochain là-bas, l’Italien s’assure un débouché commercial et un réseau bien établi. Selon le "Wall Street Journal", l’économie d’échelle réalisée entre les deux constructeurs avoisinerait entre 3 et 4 milliard d’euros en se plaçant ensemble sur ce marché.


Le virage "vert" de Chrysler:

Selon Les Echos du 20/01/09, "le constructeur automobile s'est engagé à faire preuve de sa viabilité à long terme, en réduisant le coût de la main d'œuvre et en restructurant sa dette notamment, et à produire des véhicules moins polluants et moins consommateurs en carburant." En effet, le troisième constructeur automobile des Etats-Unis a d’ores et déjà reçu 4 milliards de dollars d’aide publique pour éviter la faillite. Ce sont des prêts qui rentrent dans les dettes, déjà importantes, de l’entreprise. Malgré cela, le directeur général Bob Nardelli espère obtenir 3 milliards supplémentaires en s’engageant sur les véhicules économes, et le partenariat avec FIAT devient un argument de poids.


Le retour de FIAT aux Etats-Unis:

L'accord va permettre, via le réseau commercial de Chrysler, de placer la marque Alfa Romeo, absente depuis 25 ans du sol américain. FIAT souhaite également concurrencer la Mini de BMW et la Smart de Daimler (qui sont de véritables succès) avec sa Fiat 500. Pour se faire, Chrysler et Fiat s'ouvrent mutuellement leurs réseaux de concessionnaires et FIAT compte venir placer ses véhicules au plus vite pour refaire son retard et prendre des parts de marchés. Il est à noter que FIAT a ouvert des tractations avec l'Allemand BMW pour la fabrication de moteurs et de composants. "Cette initiative est une étape clé dans le changement rapide du paysage du secteur automobile", a commenté M. Marchionne.


Les risques:

Le constructeur américain à un énorme problème structurel face à ses concurrents direct: il se situe à Détroit ou l’heure travaillée est à 71 dollars alors qu’elle n’est qu’à 42 dollars plus au sud des Etats-Unis. C’est une faiblesse supplémentaire face aux concurrents qui, comme Chrysler, recherchent la moindre économie. L’agence de notation Standard & Poor’s souligne que l’aide d’urgence de 4 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros) est sans doute insuffisante pour poursuivre l’activité de Chrysler. Dans ce contexte, l’alliance est une bouffée d’oxygène mais ne suffit pas: "Le partenariat avec Fiat n'apporte pas de réponse au principal problème qu'affronte le groupe: la disparition à vitesse accélérée de sa trésorerie. L'alliance Chrysler-Fiat va sans doute entraîner des économies substantielles avec le temps, mais l'exécution compte des risques importants, notamment un besoin éventuel de liquidités supplémentaires." Si Bob Nardelli n’obtient pas les 3 milliards d’euros supplémentaires, l’idylle des constructeurs va tout de suite devenir plus compliquée.


Cerberus:

Le fonds d'investissement Cerberus avait racheté 80 % de Chrysler à l'Allemand Daimler en 2007. A court de liquidités, le plan stratégique imaginé par les dirigeants de Cerberus a volé en éclat avec la crise du crédit et l'effondrement du marché américain. Néanmoins, le fonds semble avoir trouvé la solution pour sortir tant bien que mal de cette aventure douloureuse: il a cédé à bas coût 35% de Chrysler qui, surendetté, était presque voué à disparaître sans l'aide substantielle d’un repreneur. Autant dire que les actions ne valaient pas grand-chose… Cette opération permet la valorisation des 45% restants et FIAT a justement déclaré mardi qu'il n'était pas exclu d'augmenter encore sa participation. Cerberus possède Vangard Car Rental Grp, l’un des plus gros loueurs de véhicules d’Amérique qui s’oriente sur des petites voitures peu consommatrices et doit agrandir et renouveler son parc: il y a là probablement encore d’autres pistes de synergies.


Daimler:

Daimler, lui, cherche toujours à vendre les 19,9 % qu'il détient dans Chrysler. Son but: tourner définitivement la page d'une fusion, qui a tourné au cauchemar. Il n’est pas dit si le constructeur va pouvoir entre temps bénéficier de l’accès à la technologie de FIAT, même si l’Allemand est déjà capable de produire des véhicules comparables.


La stratégie Marchionne:

L’administrateur délégué de FIAT avait pronostiqué que seuls les 4-5 plus grands groupes mondiaux capables de produire de 5 à 6 millions de véhicules par an survivraient à la crise (voir notre précédent article à se sujet). Cette alliance permet un renforcement de FIAT mais l’objectif n’est pas encore atteint: l'entité ainsi créée ne produira "que" 4,4 millions de véhicules. Fiat a déjà fait savoir qu'elle aimerait s'adosser à un autre groupe. Dans une interview accordée à "Automative News Europe" en décembre dernier, le directeur général de FIAT, Sergio Marchionne, avait déclaré que le constructeur italien était trop petit pour surmonter seul la crise du secteur automobile et avait besoin d'un partenaire afin d'atteindre un volume de production suffisant pour être rentable dans le contexte actuel. Avant la chute brutale des ventes de voitures, FIAT avait discuté avec les trois constructeurs américains de la possibilité d'utiliser des lignes de production à l'arrêt afin de pouvoir revenir sur le marché américain. Désormais, après s’être assuré son positionnement du côté américain, un renforcement européen semble d’actualité: selon la presse italienne, le constructeur turinois, déjà lié au groupe PSA Peugeot Citroën pour la fabrication de véhicules commerciaux, pourrait envisager un rapprochement plus profond.

QUENTIN.L

Chiffres clefs du quotidien Le Monde:



http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2009/01/21/fiat-rentre-dans-l-actionnariat-de-chrysler-a-hauteur-de-35_1144582_3234.html






2 commentaires:

gnomædh a dit…

Eh bien, vous voulez savoir comment les gens par ici penses des «grosses» compagnies d'automobiles "god bless - American"...!?! Voilà ce-ci:
http://gas2.org/2008/12/10/auto-industry-bailout-tell-us-what-you-really-think/

Il sont pleins-de-merde!

Joe a dit…

Many thanks for this link gnomædh! Pretty interesting...