lundi 30 mars 2009

L’Indien Tata provoque une vague d’inquiétude en proposant la voiture la moins chère du monde.


La Tata Nano, voiture du peuple, reprend les standards de la Volkswagen des origines, ou de la deux chevaux : transporter une famille moyenne (2 enfants et un bébé avec leurs parents, avec les courses dans le coffre). Le groupe indien Tata, désirant la mettre à la portée des ouvriers, la propose à 100 000 roupies (1600 euros environ) sur le marché local. Plus grave encore, aux yeux des industriels européens, les constructeurs indiens sont prêts à travailler à perte dans un esprit de patriotisme économique offensif (constructeur des serrures, par exemple). Partant de ce constat, un effort de communication considérable a pu être observé en France durant près de 15 jours : communiqués de presse, journaux et hebdomadaires, journaux télévisés… Jouant sur la peur, s'appuyant sur le levier de la crise, le message est clair : cette voiture est un concurrent direct à nos si belles voitures européennes, donc à nos emplois, notre croissance…
En fait, il n’en est rien. En effet, sans faire de protectionnisme (mot banni du discours politique), les normes européennes sont telles que la Nano coutera au moins 5000 euros, une fois ajoutés les éléments de sécurité spécifiques. De plus, le groupe Tata est en difficulté financière pour cause de politique d’expansion trop rapide. Enfin, les chaines de construction ne seront pas prêtes dans les temps, car l’industriel a perdu beaucoup de temps en se battant contre les lobbys d’agriculteurs possédant les terrains. Le marché européen ne risque donc en aucun cas l’inondation. En revanche, cette situation pose plusieurs questions : pourquoi Tata arrive à vendre une voiture à ce prix, et pas nos constructeurs ? L’argument du prix de la main d’œuvre est éculé, et les gains de productivité devraient théoriquement pouvoir compenser cette spécificité occidentale. D’ailleurs, la Logan est la preuve matérielle qu’en Europe, on peut construire une vraie voiture pour moins de 3000 euros (prix de vente initial, dans les pays de l’Est : 2500 euros). Alors, pourquoi faire peur aux acheteurs potentiels en présentant Tata comme un prédateur sans foi ni loi ? Ne serait-ce pas pour protéger les marges confortables des constructeurs français qui pourront, pendant quelques mois (au moins), continuer à justifier leurs plans sociaux par une crise qui ne les a pas encore profondément touchés ? Ou alors, est ce que nos professionnels, toujours aveuglés par leurs indices de croissance, ne voient pas, ne comprennent pas que la voiture n’est plus perçue (loin s’en faut) comme un objet de désir, de démonstration de réussite sociale, mais comme un outil onéreux, permettant de se déplacer ? Enfin, serait ce uniquement par arrogance qu’ils refusent de voir s’ouvrir les deux marchés les plus prometteurs du XXIème siècle dans ce secteur de l’industrie : la voiture verte, et la voiture low-cost ?

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